jeudi 28 mars 2019

[TEST] The Red Strings Club sur Nintendo Switch

Dans un futur où la technologie fait corps avec l’humanité, où la pause d’implants cybernétiques est devenue la réponse à tous les maux, subsiste un endroit laissé hors du temps. On y vient pour se délecter d’un cocktail raffiné et le plaisir de la conversation. La lumière y est tamisée, l’ambiance feutrée, les volutes de fumée laissées par les cigarettes virevoltent au gré d’un ventilateur et les accords mélodieux d’un piano s’y font entendre : installez-vous confortablement et bienvenue au Red Strings Club.


Développé par l’équipe de Deconstructeam, The Red Strings Club fait figure d’expérience narrative à l’atmosphère cyberpunk où se mélange contrebandier de l’information, groupuscule « hacktiviste » et entreprises toutes-puissantes. Sortie dans un premier temps sur PC, cette production espagnole nous fait l’honneur de débarquer sur Nintendo Switch en ce mois de mars 2019. Voyons de suite si ce titre édité par Devolver (décidément très productif sur la petite hybride) est en mesure d’abreuver les joueurs et joueuses de son histoire jusqu’à satisfaction…

The Red Strings Club nous propose d’incarner en grande partie, le nommé Donovan, tenancier charismatique et respecté de l’établissement. Barman talentueux à l’oreille attentive, il est à même de mettre en lumière les émotions refoulées de ses clients et de canaliser celles-ci. Une dose de vodka, un soupçon de bourbon, un ou deux glaçons et voilà un cocktail touchant au plus profond de l’âme. Quelques questions plus tard, le manipulé client dévoile tous ses secrets dans le cadre d’une simple conversation. L’affaire est belle pour Donovan, d’autant plus lorsqu’on pratique la contrebande d’informations. Vient ensuite, Brandeis, un hackeur vivotant dangereusement au gré de petits boulots versant majoritairement dans l’illégalité. Amis de longue date, les deux acolytes travaillent main dans la main et cela même si leurs opinions divergent sur certains sujets, comme celui du transhumanisme. Au cours d’une soirée, la tranquillité de l’éminent club se retrouve perturbée par la venue inattendue d’un androïde salement amoché. Devant l’apparente évidence d’un futur et sinistre projet fomenté par le conglomérat Supercontinent ltd, les deux amis comptent bien mener l’enquête et si besoin nuire aux agissements de l’entreprise en question même si cela peut mettre leur vie en danger.


Divisée en trois parties, l’histoire nous amène à autant de phases de gameplay ayant pour socle commun des dialogues aux choix multiples. La première partie est l’occasion de faire l’expérience d’une clinique pratiquant la pose d’implants cybernétiques. Désireux d’obtenir un plus grand succès sur les réseaux sociaux ? Aucun problème, la technologie est là pour vous aider et vous rendre heureux. Voilà le principe, devant une patientèle souhaitant assouvir ses rêves, le joueur est en charge de choisir les implants qui selon lui se révèlent idéals. Une fois le choix effectué, direction la table de poterie pour réaliser l’implant en façonnant la matière conformément à un modèle désigné. Évidemment, vos choix ne seront en aucun cas sans conséquence. Aider un patient à sa réussite professionnelle, le rendra probablement heureux l’espace d’un instant mais ce sera sans compter sur la probable avidité qui en découlera par la suite : ne soyez donc pas surpris de revoir celui-ci pour pallier un autre problème.

Secondement, vient un travail d’enquête dirigé par le charismatique Donovan faisant majoritairement face à des clients employés de Supercontinent ltd. Ici, le joueur s’improvise barman ayant pour objectif d’affecter l’état d’esprit des clients pour en récupérer de précieuses informations. Visualisé sous la forme d’une aura, chacun dispose de plusieurs disques psychiques représentant des traits de la personnalité comme l’anxiété, la fierté ou encore le désir. Reste au joueur à choisir sur quel levier psychologique travailler, réaliser un cocktail se superposant parfaitement à ce dernier et pour finir, diriger au mieux la conversation. Il ne sera pas vain pour exemple de flatter un client avec un verre de fierté permettant le cas échéant de délier les langues.


La dernière phase est quant à elle l’occasion de s’atteler au piratage du conglomérat sous les traits de Brandeis. Au menu, usurpation d’identité et autres joyeusetés illégales en compagnie d’un Donovan faisant office de support à distance. Fort des informations récupérées précédemment mais surtout de la connaissance des différents protagonistes, il sera ici question de ruser pour arriver à vos fins. Ainsi, obtenir des renseignements auprès d’un ingénieur sera à fortiori bien plus aisé en usurpant l’identité d’une directrice marketing plutôt que celle d’un collaborateur, d’autant plus quand l’on sait que celui-ci en est éperdument amoureux…

Forcément bavard, le titre est sans conteste une petite perle d’écriture et c’est avec un réel plaisir que l’on découvre son scénario. Abordant des thématiques fortes comme la condition humaine, le transhumanisme, la définition du bonheur ou encore le libre arbitre, The Red Strings Club réussit le pari de nous amener à la réflexion sans pour autant tomber dans des travers moralisateurs. Aucun choix de dialogues n’est considéré comme bon ou mauvais et c’est avec une certaine liberté que le joueur pourra exprimer ses opinions à travers les différentes conversations. On peut également notifier le casting ô combien réussi des protagonistes qui se révèle fort pertinent. Bien que le titre nous pousse à la récolte d’informations, il est en effet tout aussi plaisant de simplement discuter, histoire d’en apprendre plus sur les personnages. Ajoutons à cela l’excellente localisation française réalisée par Loc and Load qui fournit ici une prestation de haut niveau nous permettant de profiter sereinement de tout le soin accordé à l’écriture du scénario.


Comme vous pouvez l’apercevoir à travers les différentes captures d’écran, la direction artistique du titre se montre convaincante. Faisant éminemment rappel à certaines productions d’antan, nous sommes ici face à un pixel art de qualité qui ravira la rétine des afficionados du genre. Tout au plus, on pourra faire le reproche du trop peu d’environnements parcourus durant l’aventure. Concernant la partie audio, sachez que ce test fut rédigé à l’écoute de l’OST du jeu, d’ailleurs si l’opportunité vous est offerte d’en faire de même pendant la lecture de ces quelques lignes, ne vous privez pas. À vrai dire, cette bande son un brin mystérieuse aux sonorités jazz et électro ne se contente pas d’être un simple accompagnement. Elle fait tout simplement partie intégrante de l’expérience, battant ainsi la mesure au fil des dialogues pour une ambiance délectable en parfait accord avec le moment vécu. Bref, armez-vous de votre meilleur casque audio ou enceintes acoustiques et profitez : c’est aussi simple que cela.

Reste à aborder un triptyque de griefs venant quelque peu obscurcir l’expérience. Ainsi, il apparaît évident, manettes en mains, que les courtes phases de gameplay se montrent peu convaincantes. Que ce soit la fabrication des implants ou la réalisation des cocktails au sein du club, on ne peut que rester dubitatif devant une maniabilité approximative. En effet, faute d’un maniement hasardeux, il n’est pas rare de recommencer une réalisation, apportant à cette occasion une pointe de frustration. Vient ensuite un final arrivant sans prévenir tel un cheveu dans la soupe, laissant derrière lui cette désagréable sensation d’un jeu sorti trop hâtivement. Même si le scénario n’en souffre d’aucune manière, on peut regretter cette précipitation qui en conséquence affecte directement la durée de vie du titre. Limitée aux environs de quatre heures, il paraît évident que l’ensemble aurait mérité un temps de jeu supplémentaire. Fort heureusement, on replongera aisément dans cette aventure, histoire d’en découvrir toutes les facettes.


Au final, malgré quelques défauts, The Red Strings Club se révèle comme étant une expérience narrative passionnante. La qualité de son écriture et de son histoire en fait un choix de premier ordre qui laissera assurément une trace indélébile pour quiconque. Que l’on soit amateur du genre, afficionado de SF ou simple curieux, les thématiques abordées ne laisseront pas dans l’indifférence. Même une fois terminée et devant l’universalité des propos, l’aventure continuera dans l’esprit de chacun, ce qui à n’en pas douter est la marque d’un grand jeu.

Test de The Dark Bear

Ce qu’on a aimé :
  • L’histoire et le remarquable travail d’écriture
  • Les thématiques abordées
  • L’excellente qualité de la localisation
  • L’ambiance dans sa globalité
  • La direction artistique

Ce qu’on a moins aimé :
  • Le sentiment d’un final expédié
  • La courte durée de vie
  • La maniabilité hasardeuse lors de certaines phases


Prix : 19,99 €
Genre : Aventure narrative
Taille eShop : 259 Mo
Date de sortie européenne : 14/03/2019
Développeur / Éditeur : Deconstructeam / Devolver Digital

Test réalisé depuis une version dématérialisée gracieusement fournie par l’éditeur. Les images publiées dans ce test sont issues de nos propres sessions de jeu et la note attribuée reflète notre propre avis personnel.

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