mercredi 3 avril 2019

[TEST] Ape Out sur Nintendo Switch

Second eldorado de la scène indépendante après le PC, la Nintendo Switch ne cesse de séduire un grand nombre de développeurs et d’éditeurs. Parmi ces derniers, il en est un qui alimente régulièrement le catalogue de la console, à savoir Devolver Digital. Basée au Texas, la firme jouit d’une solide réputation avec un panel de jeux dans lequel on retrouve pêle-mêle Gris, The Messenger ou encore The Red Strings Club. Des titres accueillis pour la plupart très favorablement aussi bien par la critique que par les joueurs. Restons donc sur la planète Devolver pour y découvrir le nommé Ape Out, un ersatz de Top-Down Shooter sortant des sentiers battus apparu en février 2019. Assurément atypique, voyons de suite si le bébé de Gabe Cuzzillo est en mesure de se glisser en haut de l’affiche.


Au lancement d’une première partie, l’obscurité est omniprésente, soudainement une batterie se fait entendre. Viennent quelques coups de toms et le retentissement des cymbales, il est apparemment l’heure d’effectuer les derniers réglages avant d’entrer en scène. S’affichent dans la foulée, les acteurs de la production en lettre capitale. L’écrin est poussiéreux, la typographie exubérante et le contraste grandiloquent. Dans le même temps, la batterie bat la mesure à l’apparition de chaque syllabe tel un coup arrivant pleine face : assurément le spectacle va commencer. Le rideau se lève enfin et laisse entrevoir dans une cage, un primate entouré de ses séquestreurs. Les barreaux d’acier semblent vouloir se coller à sa peau tant la place y est réduite et que dire de cette atmosphère aseptisée qui ne donne qu’une seule envie, celle de s’enfuir pour retrouver le doux parfum de la liberté.

L’instinct de survie prenant le pas, la décision est prise, la fuite se fait évidence. Un dernier tour dans cette maudite cage et voilà que la grille vole en éclat, écrasant au passage un des gardes. Les premiers pas sont hésitants mais s’engage une course-poursuite effrénée : gauche, droite, gauche, l’environnement est tel un labyrinthe semblant sans issue. Pris dans son élan, le grand singe s’improvise bourreaux des gardes. De ses mains puissantes, il les repousse avec perte et fracas contre les murs. Les impacts sont violents, viscéraux, laissant les victimes baigner dans des mares de sang. La musique s’emballe, le rythme s’accélère, les cymbales marquent chaque coup porté. Les ennemis se font de plus en plus nombreux, les balles fusent, ne laissant autre choix au fuyard que de s’agripper à l’un des gardes pour s’en servir de bouclier. Terrifié, celui-ci tire sur un coéquipier : un de moins, c’est toujours ça de pris.


La tension est palpable, les sens sont aiguisés, la fuite semble interminable. Une balle, deux balles, le primate touché se vide peu à peu de son sang laissant derrière lui les traces de son passage. Il le sait, il le ressent, sa vie ne tient plus qu’à un fil mais sa soif de liberté le pousse à continuer. Plus que quelques mètres avant de sortir de cet enfer, une dernière porte close à passer, il tente alors de l’arracher de son bâti. Il faut faire vite, la porte se tord et cède enfin sous la débauche de puissance mais les gardes rappliquent aussitôt. L’air extérieur caresse son visage, la liberté est proche, la mort est en embuscade. Porte à bout de bras, la tentation est grande, la voici prendre le chemin des assaillants marquant ainsi la fin de leur existence, écrasés sous le poids de l’acier. À présent, le grand singe peut gouter de nouveau à la liberté : Ape Out.

Basé sur une simple idée, Ape Out est un die & retry 100% pur jus avec comme unique objectif de s’échapper cœur et tambour battant des niveaux générés de manière procédurale. Le gameplay très arcade se révèle accessible avec l’utilisation de seulement deux commandes. Une première gâchette permet principalement de s’agripper aux ennemis pour les prendre en otage tandis que la seconde les envoie valser. La prise en main est donc immédiate et l’on peut aisément classer cette production dans la catégorie des jeux étiquetés « faciles à apprendre, difficiles à maîtriser ». Car oui, même s’il n’est pas du tout insurmontable, le titre reste tout de même exigeant et vous vous en doutez, la mort n’est jamais très loin. D’ailleurs, le jeu prend un malin plaisir à vous afficher le chemin parcouru après chaque mort, histoire de se rendre compte d’un trépas situé à quelques mètres de la sortie.


Cela ne vous a sans doute pas échappé, la direction artistique est pour le moins atypique. Baigné continuellement sous un voile faisant écho au grain d’une pellicule de film ou celui du vinyle, ce visuel très contrasté présente (au-delà des considérations esthétiques) l’avantage de la lisibilité. En effet, le titre jouit d’une lisibilité à toute épreuve servant habillement le gameplay. Sous son apparente simplicité, l’ensemble se révèle bien en phase avec l’action frénétique : chaque coup est agrémenté d’explosion sanglante ou pyrotechnique et l’on prend plaisir à voir les vitres d’un building exploser sous le poids d’un ennemi malmené. La formule se montre efficace et prouve d’une certaine manière que l’on peut faire beaucoup à l’aide de quelques éléments visuels savamment exploitées.

Conjointement à cette D.A., le level-design n’est pas en reste notamment grâce à cette vue de haut offrant une perspective peu commune qui limite le champ de vision et par conséquent intensifie les sensations d’oppression et de désorientation. Au fur et à mesure de la progression dans les divers environnements (zoo, bateau, bureau, ...) quelques modificateurs viennent jouer les troubles fêtes. On se voit ainsi durant quelques niveaux plonger dans une totale obscurité où seuls les faisceaux des lampes ennemies sont visibles, viennent ensuite des containers pouvant faire office de cachettes improvisées ou encore une végétation hautement inflammable tantôt alliée ou ennemie.

Jeu éminemment répétitif, les variations de level-design précédemment citées ne sont pas les seuls éléments palliatifs de cette tare. En effet, les ennemis jouent ici un rôle prépondérant et leurs variétés apportent un souffle de renouveau. Les simples pantins armés de pistolets croisés en début de partie sont ensuite épaulés par un bestiaire plus lourdement armé avec au menu mitraillette, fusil à pompe, bombe, lance-flamme, etc. Ces variations imposent des approches différentes, pour exemple, prendre en otage un ennemi muni de bombes est pour le moins risqué tant celui-ci a la fâcheuse tendance d’exploser rapidement sous l’effet de la panique, de même qu’aborder de face les « cracheurs de feu » se révèle un brin suicidaire. Toujours concernant les ennemis et plus particulièrement leurs comportements, sachez que le titre est gratifié d’un très bon équilibre entre « tension et réussite ». Comprenez par-là que le timing accordé pour terrasser un garde situé dans le champ de vision avant de se prendre une balle est habilement géré. Bien souvent, le joueur fait ainsi face à cet à priori de ne pas arriver à temps pour au final expédier l’assaillant au tout dernier moment dans un grand soupir de soulagement. Cela n’a l’air de rien mais autant vous dire que cette gestion du timing est une réelle valeur ajoutée dans le sens où elle nourrit continuellement une certaine panique.


Manette en mains, l’action se révèle haletante avec un sentiment omniprésent d’urgence. Incontestablement, la somme de toutes les mécaniques aussi insignifiantes soient-elles se révèle pertinente, d’autant plus qu’un autre détail concernant l’animation de ce grand singe vient compléter le tableau. En à peine quelques secondes de jeu, on remarque que l’accélération du primate est progressive, imposant un laps de temps non négligeable pour atteindre la pleine vitesse. Cette mécanique pourrait presque passer inaperçue mais dans les faits, elle encourage vivement le joueur à ne jamais cesser sa course sous peine de sanction. Malin comme un singe cet Ape Out !

Abordons à présent un élément essentiel du jeu, à savoir sa bande sonore. Amatrices et amateurs de Jazz et de percussions soyez les bienvenus car là où dans un grand nombre de production, la musique tient le simple rôle d’accompagnant, il en est tout autrement ici. Tout d’abord, sachez qu’Ape Out utilise une sémantique propre à l’univers de la musique, ainsi on n’y parle pas de niveaux mais de singles regroupés dans des albums. Des albums divisés pour leurs parts en deux parties telles les deux faces d’un vinyle qui sont autant d’environnements distincts à parcourir. Faisant corps avec le gameplay, la bande-son est un véritable régal qui accompagne chaque coup porté. On peut comparer cette approche à celle utilisée par Edgar Wright réalisateur du film Baby Driver dans lequel le visuel et la musique sont intimement liés. Évidemment, l’idée n’est pas nouvelle mais on ne peut que saluer la qualité d’un résultat non dénué de punch qui inlassablement bat la mesure des actions effectuées à l’écran.


Comme vous pouvez le lire, cette production d’apparence « simpliste » est plutôt alléchante. Pour autant, ce jeu, brillante synthèse entre level-design, direction artistique et ambiance sonore au service du gameplay, n’est pas sans défaut. Tout d’abord le mode principal est excessivement court et ne demande que deux petites heures pour en voir la fin. On se retrouve donc avec cette désagréable sensation d’avoir parcouru une sorte de démonstration de savoir-faire. Alors certes, celle-ci est réussie mais quelques albums supplémentaires auraient été les bienvenues. Fort heureusement, s’ajoutent les modes Difficile, Arcade et une autre gourmandise qui ne manqueront pas de satisfaire les joueurs accrocs du high-score et du speed-run. Quoi qu’il en soit, cela reste une bien maigre compensation. Ajoutons à cela, une génération des niveaux parfois trop conciliante, comprenez par-là que selon la nature de l’agencement, le périple peut être grandement facilité. En conséquence, la réussite d’un stage n’est pas forcément le signe de bonnes compétences manette en mains. Enfin, vient un problème lié aux niveaux dont l’environnement est un peu plus « aéré ». Dans ce cas précis, le joueur aura vite compris que longer les extérieurs permet d’éviter une très grande partie des ennemis. Libre à chacun d’utiliser cette méthode mais c’est sans compter sur le fait que cela impacte négativement l’expérience, on peut donc aisément regretter cette possibilité.

Partant d’une simple idée, Ape Out réussit le pari d’emporter et de maintenir le joueur dans une action frénétique qui ne manque pas de saveur. Néanmoins et malgré toutes ses qualités, le titre ne peut être conseillé à tout le monde, on réserve donc celui-ci en priorité aux amoureux des die & retry attirés par la satisfaction d’obtenir le plus gros score. Pour les autres, inutile d’annoncer que sa très courte durée de vie et sa répétitivité sont des freins évidents. Mais que cela n’empêche pas les plus curieux de lui laisser sa chance car sans conteste, Ape Out est une pépite qui vaut la peine d’être découverte.

Test de The Dark Bear

Ce qu’on a aimé :
  • Les excellentes sensations manettes en mains
  • La cohérence entre les différentes mécaniques de jeu
  • L’ambiance dans sa globalité
  • Le concept simple et efficace

Ce qu’on a moins aimé :
  • La trop courte durée de vie
  • La répétition inhérente au concept


Prix : 14,99 €
Genre : Action, Arcade
Taille eShop : 1,98 Go
Date de sortie européenne : 28/02/2019
Développeur / Éditeur : Gabe Cuzzillo / Devolver Digital

Test réalisé depuis une version dématérialisée fournie par nos soins. Les images publiées dans ce test sont issues de nos propres sessions de jeu et la note attribuée reflète notre propre avis personnel.

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